Les défis environnementaux et culturels des stations de montagne

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Jean-Pierre Corniou, il y a 9 mois.

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    Jean-Pierre Corniou
    Admin bbPress

    Extrait d’un excelent article de la revue Tereos daté de 2008… Les questionnements évoluent peu, mais les mentalités ne bougent pas vraiment alors que les menaces bien identifiées il y a dix ans s’accumulent;
    https://journals.openedition.org/teoros/131S’il semble aussi général que tardif, le consensus sur les exigences de qualité environnementale des sports d’hiver n’est cependant pas exempt de contradictions majeures dont les plus épineuses peuvent être désignées comme le syndrome « AIE ! » (Automobile-Immobilier-Enneigement artificiel).

    8 [www.soft-mobility.com].
    9 [http://tinyurl.com/6dxjcu].
    11– L’automobile, vecteur majeur de la massification du tourisme et moyen d’accès privilégié aux stations pour plus de 80 % des nuitées (SEATM, 2008), est en montagne comme ailleurs une source paradoxale de liberté de mouvement, mais aussi de contraintes et d’impacts. Au-delà de la question classique de la saturation saisonnière des accès routiers aux stations, la problématique de la place de l’automobile au sein de celles-ci (circulation, stationnement, bruit, pollution, relation avec les piétons…) est aujourd’hui un véritable défi, en été comme en hiver. Il faut pourtant convenir à ce sujet que, malgré quelques expériences précoces de stations sans voitures (Avoriaz, Flaine), les stations françaises sont en retrait par rapport à la généralisation d’initiatives de mobilité douce dans des stations allemandes, autrichiennes, italiennes et suisses. Aucune d’entre elles n’a ainsi participé au projet Alps Mobility I (Programme Interreg IIc 1998-2001) et une seule – la petite station des Gets, en Haute-Savoie – a participé à son second volet 2003-2006. De même, aucune destination ou organisation française ne figure parmi la vingtaine de partenaires du Network for Soft Mobility in European Tourism (NETS)8 et les principales initiatives notables sur ce registre restent encore et toujours le fait des ONG. Le bilan carbone pionnier réalisé par l’association Mountain Riders dans les stations des Ménuires et de Val Thorens indique pourtant que 74 % des gaz à effet de serre émis sont imputables au transport des skieurs9…

    10 Voir par exemple « Haute Maurienne, la vallée verte deviendra grise », Libération du 13 novembre 20 (…)
    12– Le deuxième « moteur et frein » du tourisme d’hiver dans les montagnes françaises est l’immobilier. Il est couramment admis par les observateurs et les opérateurs concernés que, depuis quarante ans, la construction immobilière joue un rôle de financement externe des investissements dans les remontées mécaniques (Berlioz, 2006). Alors que la pratique du ski tend à concerner une population de plus en plus restreinte, environ 20 000 lits nouveaux sont construits chaque année dans les Alpes du nord et le découplage entre fréquentation sportive et marché immobilier ne cesse de s’accentuer, en bénéficiant de mesures d’incitation fiscale. Celles-ci souffrent souvent d’effets pervers, comme le montre l’exemple du dispositif des Zones de revitalisation rurale (ZRR) initié en 1995, dont plus de la moitié des investissements pour la période 2000-2002 se sont concentrés sur six communes de Maurienne, alors que 20 000 communes françaises étaient concernées (Mountain Wilderness, 2004). De fait, au delà des stratégies commerciales propres aux constructeurs, le problème des gestionnaires de stations est de compenser la sortie de nombreux lits du marché locatif, du fait de l’obsolescence ou de stratégies spéculatives. Cette fuite en avant immobilière se poursuit, alors même que l’image des stations françaises à l’étranger est de plus en plus altérée par une urbanisation excessive, dont la régulation politique et urbanistique suscite des polémiques récurrentes10.

    11 D’après les données de l’ODIT [ODI 06] (Observation, développement et ingénierie touristiques), la (…)
    12 Citons, à titre de simples illustrations, l’utilisation de 1,5 tonne de nitrate d’ammonium pour la (…)
    13– L’enneigement artificiel est la dernière solution-problème du triptyque « AIE ». Quasi unique palliatif choisi face au déficit de neige naturelle, il apparaît aussi de plus en plus comme une source croissante d’impacts environnementaux et socioéconomiques désormais relevés par la plupart des observateurs (CIPRA, 2004 ; 2006 ; OCDE, 2007) : artificialisation accentuée des domaines skiables du fait de travaux d’installation d’enneigeurs et de reprofilage des pistes, conséquences sur la biodiversité, surconsommation d’énergie et d’eau11. La question de l’approvisionnement en eau des équipements d’enneigement, très médiatique et conflictuelle, est particulièrement emblématique de la globalité des problèmes posés, qu’il s’agisse de la modification du régime des eaux des torrents et de la réduction de biodiversité qui en résulte, de la construction et de l’approvisionnement des retenues collinaires de plus en plus nombreuses et de plus en plus vastes, de la concurrence avec l’approvisionnement en eau potable et de la perte d’eau par évaporation. Mais les conditions techniques de production artificielle de neige sont aussi de plus en plus problématiques : emploi éventuel d’additifs bactériologiques ou chimiques, mise en œuvre de dispositifs réfrigérants, recours à un transport routier ou héliporté de neige de culture12. En outre, alors que son objectif initial était de pallier le déficit d’enneigement à basse altitude, l’enneigement artificiel est de plus en plus utilisé en haute altitude, y compris sur glacier, notamment dans le but de prolonger les saisons de ski.

    13 Supplément week-end du journal Le Progrès, 21 février 2008, p. 15.
    14 Onboard, octobre 2006.
    14Face à ce cumul de handicaps structurels et fonctionnels, le recours à des solutions de « communication verte » (publicité, labellisations autoproclamées et jamais évaluées, certifications peu ambitieuses malgré les effets d’annonce…) est fréquemment observé. « Val Thorens vire au vert » annonce ainsi en février 2008 un journal régional13 au sujet d’une des grandes stations de Tarentaise les plus emblématiques des contradictions environnementales fondatrices de l’exploitation de l’or blanc. On citera encore l’édition française récente de la revue Onboard14, qui affiche sur sa couverture une surenchère écologiquement correcte (« Le numéro 100 % vert », « The eco-issue », « degradable plastics »…), mais révèle en quatrième de couverture un snowboardeur radieux posant devant un magnifique hélicoptère ! Cette « schizophrénie » semble inhérente au registre du « tourisme durable » en tant que point maximal de critique possible dans les limites du modèle idéologique et économique dominant. On notera malgré tout l’élévation significative du niveau d’exigences du public, des médias et des opérateurs eux-mêmes, ces derniers se retrouvant à moyen terme de plus en plus pris au jeu – et parfois pris au piège – des positions volontaristes qu’ils affichent.

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